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Fête de la Science
Fête de la Science 2002
12 octobre 2002

Concours de vulgarisation 2002

Concours de vulgarisation 2002

Cette année encore, neuf auteurs nous ont fait parvenir leur travail. Après en avoir délibéré, les membres du jury ont décidé de classer 6 de ces publications dans l’ordre ci dessous, les trois autres étant jugées non publiables en l’état.

Concours de vulgarisation 2002
Le concours

Le concours de vulgarisation scientifique de ProScience a pour but de rendre accessible au public les travaux de recherche menés en Polynésie, qu’il s’agisse de biologie, d’archéologie, de sciences humaines, de médecine, d’océanographie, d’économie, de physique, de sciences de l’environnement etc.

Réalisé en partenariat avec le Ministère de la Recherche, le concours de vulgarisation connaît une formule légèrement différente. En effet, comme le précise le règlement général, seuls les étudiants seront récompensés.
Néanmoins, devant l’excellence et l’originalité du travail réalisé par Jean-Louis Candelot, le bureau de Proscience a décidé de céder à la demande de récompense formulée à l’unanimité par le jury.

Pour qui ?

Les chercheurs, les universitaires, les étudiants préparant une maîtrise, un DEA ou une thèse, les techniciens participant à un programme de recherche dans un organisme privé ou public en Polynésie Française.

Quelques documents :

Télécharger le règlement

Un évènement sponsorisé par La dépêche de Tahiti

Les participants et leurs articles

4 prix, de respectivement
200.000 F, 100.000 F, 75.000 F et 50.000 F

  • Article 1 : de Jean-Louis Candelot
    Il manque des îles (Prix Spécial)
  • Article 2 : de Yoan Cano
    Prévenir les risques de Tsunami (1er prix)
  • Article 3 : de Olivier Ginolin.
    Le nouvel écho des batteuses de tapa (2ème prix)
  • Article 4 : de David Lecchini
    Qui peut réduire la forte mortalité de nos poissons coralliens (3ème prix)
  • Article 5 : de Élodie Martinez
    Les algues envahissent de nouvelles îles polynésiennes
  • Article 6 : de Yannick Chancerelle
    Comment surveiller la santé des récifs coralliens
  • Article 7 : de Jean-Paul Aita
    La population polynésienne sur la voie du développement
  • Article 8 : de Vaiana Giraud
    À la redécouverte de la culture maohi : le patrimoine archéologique
  • Article 9 : de Fanny Soum-Pouyalet
    Famille et violence à Tahiti : la souffrance en partage

Article 1

Jean-Louis Candelot : 
Télécharger le CV

Des légendes marquisiennes… aux Sciences de la Terre. Il manque des îles !

Jean-Louis Teuruarii Tamatoa Candelot
Ma démarche est due à un hasard. Résidant aux Iles Marquises et passionné de culture locale, j’avais lu, quelque temps avant un examen maritime, le journal du capitaine Wilson et m’étais attardé sur sa carte de l’archipel dressée en 1797. Je la trouvais assez inexacte. Le jour des épreuves, celles-ci concernaient un parcours voisinant l’îlot Fatu Huku. J’avais en mémoire la carte de Wilson et m’étonnais que celui-ci ait commis une telle erreur concernant les dimensions e Fatu Huku car, de nos jours, seuls les hauts-fonds qui le bordent le rendent conséquent. Il me vint à l’esprit que ceux-ci esquissaient les mêmes contours que ceux de l’île cartographiée en 1797. Dès la fin de l’examen, je fis un agrandissement de la carte ancienne pour l’amener à l’échelle de la carte marine moderne. Superposant les deux documents, je constatai sans surprise que l’emplacement de l’ancienne île correspondait en grande partie à l’actuelle aire de hauts-fonds. Je connaissais la légende marquisienne du héros Tanaoa – citée dès 1842 par l’écrivain de marine Radiguet – lequel provoqua par vengeance la destruction subite de l’île Fatu Huku…Contenait-elle une part de vérité ?
Après avoir recueilli au fil du temps tous les renseignements disponibles – lesquels, faute d’Internet, étaient éparpillés dans les archives les plus disparates de la planète – j’étais en mesure d’établir si l’île Fatu Huku avait bien subi une violente transformation de son aspect aux débuts du XIXème siècle.
Selon une séquence établie à partir des cartes et témoignages, j’en conclu que oui et que la destruction du reliquat de l’édifice continue à se poursuivre de jours en le vouant à disparaître de la surface de l’océan. Au cours de cette recherche, un fait nouveau m’apparut : c’est que les traditions rapportaient également la disparition d’autres îles au nord de l’archipel, dont l’une fut activement recherchée en 1848. Prouver la validité de l’effondrement de Fatu Huke pouvait être un élément de confirmation de ces îles mythiques.
La marine nationale à la rescousse…
En 1988, je rédigai une première synthèse à l’attention de Jacques Talandier, mon ancien patron du Laboratoire De Géophysique de Tahiti (LDG). Ma note suscita suffisamment d’intérêt pour qu’il soit organisé une première mission en avril 1991. J’eus le privilège d’y étrenner la première tentative de poser en hélicoptère sur Fatu Huku, laquelle se solda par un échec, à cause des alizés violents qui y soufflaient : néanmoins, de fut l’occasion de révéler, en les photographiant, plusieurs structures votives de type ahu (autels de pierre) d’assez grandes dimensions sur les sommets. Deux autres missions héliportées devaient suivre, avec l’appui du navire Jeanne d’Arc et de solides fusiliers-marins ; la dernière permettant de poser trois heures à terre une équipe pluridisciplinaire. Une prospection rapide du plateau sommital, réalisée par l’archéologue Marc Eddowes, décela quelques terrasses aménagées, des murets et au moins un site d’habitat. Ceci justifiait les indications des légendes affirmant un peuplement conséquent de l’île ancienne ; cependant, le Dr Talandier devait m’exposer la réserve suivante en ce qui concerne sa destruction brutale évoquée dans la légende de Tanaoa : « L’encoche marine matérialisant le niveau de l’océan il y a 3 à 5 000 ans, étant visible presque tout autour de l’île, nous ne pouvons conclure à son effondrement massif au tout début du 19ème siècle… ce qui tendrait à rendre caduque toute la démonstration qui précède ; mais « il reste que les éléments fournis concernant les récits des anciens navigateurs et surtout, les cartes sont incontournables. On ne peut, en effet, faire confiance à 100% à des vues à distance par hélicoptère ou à l’analyse des photos. »
Des légendes à la réalité, les cartes dressées par Wilson en 1797 et par Cook dans la relation de 1777 de son second voyage posent problème. Leur étude montre que les coordonnées de la position de Fatu Huku ont été assez correctement relevées. Cependant, une interrogation apparaît quant à la superficie de cette îles comparée à ses voisines. Le capitaine Cook était renommé pour être un excellent cartographe et je ne pense pas que l’exagération des dimensions de Fatu Huku sur sa carte ainsi que sur celle de Wilson, vingt ans après soient toutes deux des erreurs. On peut constater que les îles voisines Hiva Oa et Tahuata sont correctement représentées dans leurs formes générales, leurs dimensions et leurs reliefs, et que sur la carte de Cook figurent au sud de Fatu Huku quatre îlots, bien séparés l’un de l’autre. Nous aurons l’occasion d’y revenir. En 1978, naviguant au près, H .G. Barsczus, de l’ORSTOM, décrivait Fatu Huku comme un îlot en « forme de massue, orienté Est-Ouest, qui s’étend sur 1900 m de long et 800 m de large ; il culmine à 361 mètres. Ses côtés sont fomés de falaises verticales. Il pourrait représenter le rebord sud d’une « cuvette elliptique »… dont les rebords NO et E ne sont recouverts que par moins de 10 mètres d’eau ».
Une île qui s’amenuise…
Les indices constatés sont :

  • Les dimensions importantes de l’île Fatu Huku sir les cartes anciennes de Cook et de Wilson, et son contour qui se superpose assez exactement à la ceinture des hauts-fonds actuels
  • La séquence établie en comparant divers relevés ou relations voit la superficie diminuer brusquement dans une période sise entre 1774 et 1803. Les îlots disparus qui apparaissent sur les cartes anciennes tantôt au Sud, tantôt au Nord, suggèrent qu’ils aient été des reliquats successifs d’une fragmentation intense.
  • Une mention dans une légende comme quoi « depuis l’événement, on peut apercevoir de l’herbe et des arbres sous l’eau, et que les poissons des parages en sont empoisonnés et impropres à la consommation », paraît fiable car les crises de ciguatéra sont en relation avec la pollution du milieu marin.
  • Le tunnel marin qui s’est percé entre 1955 et 1980 dans l’isthme reliant les deux parties qui forment l’actuelle Fatu Huku suppose le scénario suivant : effondrement de la voûte du tunnel à mesure de son élargissement, puis rupture du pont séparant les deux parties. Ainsi existera-t-il bientôt une île « principale » et un nouvel îlot. Le réseau de dykes puissants qui faille toute l’île offre une attaque préférentielle au phénomènes d’érosion, tant marine qu’aériens.

Y-a-t-il eu catastrophe ?
Les phénomènes d’érosion ne peuvent expliquer, à eux seuls, la brusque transformation de l’île entre 1774 et 1813. Cependant, on ne peut que supputer en l’état actuel des connaissances pour définir la probabilité d’un fait tectonique majeur.

  • Violent séisme local ? Dû à une tectonique cassante provoquée par un brusque décrochement de la portion de plaque portant l’île de Fatu Huku. La sismicité de l’archipel, considérée comme éteinte, s’est révélée active entre 1980 et 1990.
  • Subsidence partielle par un effondrement post-caldeira très tardif ?
  • Glissements des pentes sous-marines, entraînant des effondrements de surface ? C’est une théorie récente concernant les îles Hawaii : des glissements sous-marins, il y a 200.000 et 100.000 ans environ, le long de la pente des édifices volcaniques auraient entraîné brutalement des glissement de surface et fracturé les îles en engloutissant des pans entiers par des blocs d’îles de 1 à 10 km de diamètre.
  • Conséquence des sécheresses.
    Un témoin contemporain (M. Heitaa, de Hiva Oa) nous a rapporté qu’avant guerre, une partie de la falaise Nord s’était effondrée dans la mer. Ceci est similaire à l’événement qui s’est produit dans l’île Fatuiva où deux vagues géantes ravagèrent la baie de Omoa en septembre 1999. Une mission menée par le Dr. Okal, de l’Université d’Evenston, constata le mécanisme d’origine : un effondrement de falaise côtière sur 300 mètres de rivage pour une hauteur de 250 à 300 mètres. Cet éboulement « aurait pu être causé par la forte sécheresse qui avait sévi depuis mai, et qui aurait conduit à une dessiccation et une effritement des argiles assurant la cohésion des blocs basaltiques formant la masse insulaire ». C’est un scénario nouveau qui explique l’érosion brutale des îles et s’adapte parfaitement à l’archipel marquisien du fait des longues périodes de sécheresse que celui-ci subit par cycles.
    En résumé, aux îles Marquises, l’îles Fatu Huku aurait perdu quasiment les neuf dixièmes de sa superficie en l’espace de deux siècles. Ce fait interpelle quant à la détermination des mécanismes d’effondrement et la sécurité des populations marquisiennes. Par ailleurs, il corrobore l’indication d’autres îles disparues depuis l’occupation humaine de l’archipel, lesquelles auraient pu contribuer au peuplement ancien.

Article 2

Yoan Cano

Prévenir les risques de tsunami en Polynésie française…

Il existe un phénomène naturel, peut-être moins fascinant que les éruptions volcaniques, certainement moins fréquent que les tremblements de terre, mais tout aussi terrible : le tsunami, également appelé « raz-de-marée ». Comme les volcans et les séismes, ils sont la preuve que notre Terre vit et bouge sans cesse ; et comme pour les volcans et les séismes, nous ne sommes que les témoins passifs de la formidable puissance qui anime notre planète.

Qu’est-ce qu’un tsunami ?

Du Japonais « SOO-NAH-MEE », qui signifie « onde de baie », le terme tsunamidésigne une série de vagues trans-océaniques de période très longue ; par opposition à la houle cyclonique, dépendant des conditions météorologiques, le tsunami est généré par un mouvement terrestre brusque : très souvent, un tremblement de terre, parfois un glissement de terrain sous-marin, plus rarement une éruption volcanique, exceptionnellement l’impact d’un gros météorite dans l’océan. La figure ci-contre illustre le cas le plus répandu, et également, le cas le plus prévisible ( ou le moins imprévisible… ) : le tsunami d’origine sismique. Celui-ci est engendré par le mouvement vertical du plancher océanique, à l’emplacement d’une zone de fracture préexistante appelée « faille sismique » ; le déplacement du sol est répercuté dans la colonne d’eau sus-jacente, jusqu’à la surface de l’océan où se forme la première oscillation. La vague, suivie de plusieurs autres, s’élance ensuite à travers l’océan dans toutes les directions depuis son point de génération.

Sur la carte de la sismicité mondiale enregistrée à Tahiti, les régions à risque sismique élevé sont très distinctes. La plus importante, celle qui concentre 90% de l’activité sismique mondiale, surligne le pourtour de l’océan Pacifique : on l’appelle « la ceinture de feu ». Elle est constituée d’une succession de zones de subduction, c’est à dire de fosses abyssales où une plaque tectonique plonge sous une autre plaque.

Les séismes se produisent au point de contact entre les deux plaques qui coulissent l’une sur l’autre.

Pour cette raison, et parce que située au centre de cette océan, à un point de convergence possible pour tous les tsunamis générés sur la ceinture de feu, la Polynésie française est particulièrement exposée aux risques de tsunami ; d’où la nécessité, dictée également par le souvenir tragique de plusieurs tsunamis dévastateurs à Tahiti et aux Marquises (exemple du tsunami de 1946), de disposer d’un Système de Prévention aux Tsunamis.

Comment prévenir les risques de tsunami ?

Le Laboratoire de Géophysique, organisme en charge de la lutte contre les risques de tsunami en Polynésie française, a mis en place un système de prévention scindé en 2 étapes opérationnelles :

  • Surveillance en continu de l’activité sismique mondiale ; 3 capteurs d’ondes sismiques, appelés sismomètres, enregistrent en permanence les mouvements du sol à Tubuai, à Mangareva et à Tahiti. Ils sont capables de détecter des vibrations infimes du sous-sol (de l’ordre du micromètre !), générées par un tremblement de terre à l’autre bout du globe terrestre.

 

  • Déclenchement de la procédure d’alerte en cas de fort séisme ; pour chaque séisme détecté par la station sismologique de Tahiti, le système TREMORS calcule en temps réel la magnitude du séisme, c’est à dire son énergie. Si celle-ci est supérieure à 7, TREMORS envoie un message d’alerte sur le vini de l’agent d’astreinte, lequel doit regagner le laboratoire afin d’évaluer le potentiel tsunamigénique du séisme. Pour cela, il s’appuie sur 3 critères discriminants, auxquels répondent invariablement tous séismes à risque :
  • Localisation ; le séisme doit avoir lieu en domaine marin ; situé à l’intérieur des terres, il ne peut pas générer de tsunami. Les séismes localisés sous des fosses sous-marines très profondes sont d’autant plus dangereux que la colonne d’eau déplacée est importante.

 

  • Profondeur ; le foyer du séisme doit être superficiel, c’est à dire à une profondeur inférieure à 50 km… sinon le déplacement de la colonne d’eau est insignifiant.
  • Intensité ; le séisme doit être de magnitude élevée, en corrélation avec la surface de faille mise en mouvement ; plus la surface de faille est large, plus le volume d’eau déplacé est important.

 

Les critères de discrimination évoqués précedemment permettent de supposer, et non d’affirmer, qu’un séisme est susceptible de générer un tsunami. La preuve irréfutable de cette hypothèse est apportée par les relevés marégraphiques, c’est à dire les enregistrements du niveau de la mer. Ils permettent donc de constater l’existence d’un tsunami; et de plus, ils dévoilent une information supplémentaire et essentielle: l’amplitude de la vague du tsunami. Les données du réseau marégraphique Pacifique, réseau serré qui couvre au mieux une zone immense et par endroit déserte, sont accessibles en temps réel via internet.

Quelles sont les consignes à appliquer en cas de tsunami ?

Si le risque de tsunami est confirmé par une première analyse, le Laboratoire de Géophysique transmet immédiatement une alerte à la cellule opérationnelle de la protection civile ; celle-ci se charge de répercuter l’annonce de l’arrivée prévue d’un tsunami aux autorités locales tout d’abord, puis directement à la population par le biais des moyens de communication usuels : télévision, radio… La population doit alors se plier aux consignes de sécurité : à terre, s’éloigner des zones basses du littoral ; en mer, gagner le large. Pourquoi gagner la haute mer, et se jeter apparemment dans la « gueule du monstre » ? Parce qu’un tsunami ne dépasse guère une hauteur de 1 m en eau profonde, même dans les cas les plus forts ; alors que son amplitude croît à mesure que la profondeur d’eau diminue et donc que la vague se rapproche du littoral. Pour cette raison également, les barrières coralliennes bordées de tombants sont moins exposées au risque de tsunami qu’une région côtière à pente douce, comme par exemple certaines baies des îles Marquises.

Scenario fictif d’un tsunami gigantesque en 2005…

Le 04 Juillet 2005, 14:10 Heure TU: La région côtière du sud-ouest du Pérou est durement secouée par un tremblement de terre de magnitude 9.2 sur l’échelle ouverte de Richter. Les secousses sismiques sont ressenties dans tout le pays, et principalement à Lima, la capitale, située à 170 km au Nord du foyer sismique. Les premières informations font état de dégâts considérables. Selon les spécialistes, il s’agit là du séisme le plus important depuis celui du Chili 1960.

Le 04 Juillet 2005, 14:21 Heure TU : L’onde P du séisme, onde sismique se propageant la plus vite, est enregistrée sur la station de Tahiti (PPT) ; 9 minutes plus tard, c’est au tour de l’onde S. A partir du temps d’arrivée de ces deux phases sismiques, le système TREMORS est capable d’effectuer la localisation du foyer sismique : Latitude = 13,29°S ; longitude = 76,37°W ; au large de la baie de Pisco.

Le 04 Juillet 2005, 14:24 Heure TU : Un tsunami de forte amplitude, probablement engendré par la secousse tellurique, et déjà signalé dans plusieurs villes côtières, touche de plein fouet la ville de Callao, à proximité de Lima. Les dégâts sont considérables : habitations détruites, bateaux et voitures entremêlés pêle-mêle… la population compte ses disparus. L’amplitude crête-à-crête du tsunami, mesurée par la station marégraphique installée dans le port, est supérieure à 6 m.

Le 04 Juillet 2005, 14:29 Heure TU : L’onde de Rayleigh, onde sismique voyageant à la surface de la Terre, est enregistrée à PPT ; TREMORS calcule alors la magnitude du séisme, et envoie en conséquence un signal d’alerte à l’agent d’astreinte.

Le 04 Juillet 2005, 15:24 Heure TU : Au moment où le tsunami atteint la ville de Arica, au nord du Chili, les régions de la côte sud-américaine sont déjà en état d’alerte. Entre temps, l’agent d’astreinte a appliqué les 3 critères de discrimination : séisme localisé en domaine marin, foyer superficiel et magnitude très forte. L’alerte est communiquée à la protection civile.

Le 04 Juillet 2005, 19:31 Heure TU : Les 15 Moais de l’île de Pâques sont mis à terre par la vague du tsunami, d’une amplitude de plusieurs mètres. L’intensité du tsunami n’a pas faibli avec la distance parcourue. De plus, les modèles de prévision d’amplitude à Tahiti et aux Marquises sont pessimistes : 1 m à Tahiti, et 1.30 m à Nuku Hiva. L’alerte est donc maintenue, et l’ordre d’évacuation des zones côtières est ordonné… les vols aériens sur le territoire polynésien sont interrompus.

Le 04 Juillet 2005, 23:02:00 Heure TU : … et 14H02 heure Locale. Les habitants de Rikitea assistent impuissants au flux et au reflux du tsunami. Cependant, grâce à la protection naturelle du lagon, l’amplitude ne dépasse guère les 70 cm.
Le 04 Juillet 2005, 23 :54 Heure TU : Au tour de Hiva Oa de subir les assauts répétés du tsunami. Dans la baie de Atuona, particulièrement vulnérable en raison d’un relief sous-marin en pente douce, la vague pénètre jusqu’à 300 mètres dans les terres. Une dizaine d’habitations légères sont détruites, quelques cadavres de poules et de cochons sont retrouvés au milieu des poissons charriés par le tsunami, mais, fort heureusement, aucune perte humaine n’est à déplorer parmi la population en sécurité sur les hauteurs de l’île.

Le 30 Juin 2005, 01:14 Heure TU : Soit 11 heures après le séisme. Le marégraphe de Fare Ute mesure une première vague de hauteur 1.10 m. La piste de l’aéroport international de FAA’A est inondée à plusieurs reprises, par intervalle de 15 minutes environ. Les quartiers sur le front de mer à Papeete ont pris l’allure d’une vaste zone marécageuse, les bateaux en lieu et place des voitures. Le GIP entre en œuvre. Pendant ce temps, le tsunami poursuit sa route, aux îles Tonga, aux îles Fiji, et jusqu’au Japon.

Merci à Damien, maître des illustration, à Alexis, infographiste émérite, et à Dominique, pour ses conseils…

Article 3

Olivier Ginolin

Le nouvel écho des batteuses de tapa

Réhabilitation d’une technique et quête identitaire aux Iles Marquises

Olivier Ginolin

Doctorant en Anthropologie culturelle
Laboratoire d’ethnologie du Musée de l’Homme/IRD

Depuis près de vingt ans, les vallées encaissées de l’île de Fatuiva (archipel des Marquises), résonnent à nouveau de l’écho lancinant des batteuses de tapa.

Ce son rythmé s’était tu, plus d’un siècle auparavant, laissant place progressivement au silence, alors même que les populations marquisiennes au cours du XIXème siècle, se confrontaient à l’Occident. Comme les pratiques religieuses ou les pratiques sociales, jugées alors licencieuses, qui le structuraient en grande partie, l’artisanat traditionnel, devait s’éteindre peu à peu, face à la poudre des mousquets de l’administration coloniale, aux maladies importées et à la nouvelle religion monothéiste, que les hommes blancs, venus de l’Est, apportèrent avec eux, à bord de leurs étranges pirogues sans balancier.

Les anciennes techniques de fabrication :

Ancienne effigie marquisienne, enveloppée dans du tapa décoré de motifs traditionnels.

La confection du tapa, étoffe d’écorce battue, suivait une chaîne opératoire assez homogène en Polynésie française. En revanche, le choix des matières premières pouvait comporter de légères nuances d’une île à l’autre. L’archipel des Marquises fut visité à la fin du XIXème par un ethnographe allemand, Karl Von Den Steinen, qui compila une abondante documentation sur la culture matérielle des insulaires.

Ainsi, le liber (‘a’o), l’écorce interne des arbres, donnait après traitement le tapa. Il se prélevait sur l’ute, le mûrier à papier qui donnait une étoffe blanche et souple ; l’aoa ou banian fournissait des fibres brunes et l’arbre à pain, une étoffe beige.

L’arbre choisi, le travail d’abattage revenait aux hommes. L’écorce pouvait alors être séparée du tronc. Un bâtonnet pointu de ‘aito était fréquemment utilisé lors de cette opération.

Ces bandes d’écorce étaient ensuite mises à tremper un ou deux jours à l’eau des rivières. Une fois retirées, la face externe de leur écorce était grattée pour ne garder que le liber. Aux Marquises, une seconde technique consistait à enlever l’écorce externe sans trempage préalable, en martelant celle-ci sur une enclume de pierre basaltique à l’aide d’un maillet de section circulaire.

Les femmes sur ces mêmes enclumes martelaient alors en rythme, à l’aide d’un battoir (ike) de bois dur tel que le aito ou arbre de fer, ces bandes d’écorce. Les ike possédaient quatre faces, dont chacune était sculptée de stries, plus ou moins larges. Celles-ci étaient utilisées en premier pour finir par les plus minces. Ce martelage soutenu permettait d’obtenir une agglutination des fibres du liber. C’est cet assemblage d’écorces martelées qui permettait de confectionner les étoffes de tapa.

Utilisations anciennes du tapa:

Cette technique de fabrication d’étoffe, était connue de l’ensemble des cultures polynésiennes et faisait office de textile tissé, inconnu avant l’arrivée des Européens. Utilisée, comme éléments vestimentaires variés, elle servait également d’objet d’échange lors de mariages ou d’événements concernant les hauts dignitaires et était conservée sous forme de rouleaux, sous la toiture de l’habitat.

Aux Iles Marquises, le tapa semble avoir entretenu un rapport étroit avec les pratiques religieuses et les rites funéraires. Ainsi le tapa servait de linceul aux effigies d’ancêtres ou aux dépouilles de défunts soigneusement préservées à l’intérieur de grottes.

de la chute de la culture traditionnelle…

L es différents observateurs de passage, à l’aube du XXème siècle aux Marquises, ne purent que constater, le déclin de la culture traditionnelle. Certains d’entre eux pensaient même voir là, les derniers vestiges d’une civilisation exsangue, durement touchée démographiquement par les vagues d’épidémies successives. Jusqu’aux années soixante, tant bien que mal, les populations insulaires de cet archipel, vécurent de pêche, de chasse, de cultures vivrières, sous la double tutelle de l’administrateur d’Etat et de l’église catholique. Pendant toute cette période, l’artisanat traditionnel (tatouage, sculpture, tapa…) disparut presque totalement. Seul demeurait sporadiquement, un artisanat utilitaire qui entrait dans le cadre d’une économie domestique. Situés à 1500 km de Tahiti, centre administratif et poumon économique de Polynésie française, les Marquisiens, isolés au sein même de leurs îles, dépossédés de la culture traditionnelle de leurs grands-parents, tentèrent pour bon nombre d’entre eux, de gagner Papeete, en quête d’une utopie de la modernité qu’avait fait naître l’installation du CEP. …

à la renaissance culturelle des enata.

A la fin des années 1970, s’amorça un mouvement de réhabilitation de la culture traditionnelle, mobilisant les Marquisiens, dans la reconnaissance de la spécificité de l’ identité Enata. La tradition orale disparaissait peu à peu, à mesure que les anciens s’éteignaient, les coupant de leurs racines. Pour ceux qui restaient, la transmission ne se faisait que timidement et souffrait de lourdes carences, fruit d’un siècle de diabolisation du passé et de l’interdiction de l’usage de l’un des moteurs essentiels de la culture ; la langue.

La croix marquisienne est devenue l’un des symboles fort du renouveau culturel du fenua enata. Elle marque l’adhésion à la foi catholique, en même temps que la volonté de réhabiliter des anciennes traditions.

Devant parfois la réticence des anciens, la jeune génération prête à reconquérir sa Culture, trouva un allié de poids, en la personne de Mgr Le Cléac’h, nommé alors évêque des Marquises. En rupture avec ses prédécesseurs, il aida à la réhabilitation d’une partie de la culture ancienne, associant tout au long de son épiscopat, la langue marquisienne et les sculpteurs Enata, à la vie religieuse de l’archipel.

De ce changement, naquit la première association culturelle marquisienne, le Motu Haka.

A u tournant des années 1980, plusieurs phénomènes extérieurs, alimentèrent également cette reconquête.

L’illusion tahitienne avait en grande partie perdue de sa superbe, pour les Marquisiens venus vingt ans auparavant, chercher leur part de rêve, dans le fantastique développement économique de l’époque. Mais les essais nucléaires devaient s’arrêter et nombre de ceux, issus de l’immigration des archipels polynésiens, se retrouvèrent en marge du marché de l’emploi, souvent confinés dans des quartiers se paupérisant jour après jour. Face à cette nouvelle situation, beaucoup, ne se sentant plus à leur place en milieu urbain tahitien, décidèrent de retourner vivre dans leur famille aux Marquises.

Beaucoup pensèrent alors que les Enata, devaient apprendre à se débrouiller par eux-mêmes, face à un sentiment d’isolement grandissant.

Ce double mouvement, externe qui vient d’être évoqué et interne (prise de conscience de la nécessité de la réhabilitation de la langue vernaculaire et des savoir-faire), déboucha sur la création de festivals de chants et de danses, consacrant, au son des pahu, l’unité culturelle retrouvée du fenua enata, la terre des hommes.

Mama rima’i, lors d’une démonstration de confection de tapa à l’exposition artisanale de Tahiti en décembre 2002.

Très rapidement après l’instauration de ces festivités inter-îles, les besoins en artisanat traditionnel se sont fait ressentir, d’autant plus que le développement des voies de communication, permettait à des touristes toujours plus nombreux de visiter l’archipel. En peu de temps, certains sculpteurs ou tatoueurs devinrent aussi doués que leurs ancêtres tohuna, artisans prestigieux d’autrefois. Mais c’est surtout à Fatuiva, que les mama rima’i ont réhabilité les techniques du tapa.

La production contemporaine de tapa :

La technique de fabrication de tapa, a donc survécu aux bouleversements sociaux et économiques que l’archipel a connus depuis la fin du XIXème siècle. Marginalisée jusqu’aux années 1980, elle n’existait jusque là, que de manière sporadique pour les touristes de passage, sans ajout de motifs décoratifs.

Aujourd’hui encore le banian, le mûrier et l’arbre à pain, sont les essences utilisées par cet artisanat féminin. Cependant le battage en rythme des fibres, collectif autrefois, a laissé la place à un travail plus individuel, ne nécessitant plus d’espace communautaire. Les ike, transmis au sein des familles, recommencèrent à rythmer les enclumes de basalte.

La production contemporaine fournie du tapa pour divers objets, comme les porte-chéquiers et autres sacs à mains. Mais c’est surtout les panneaux de tapa, décorés de motifs anciens, qui écrivent à travers la recomposition de ces signes graphiques, une page de la construction identitaire du fenua enata.

Tapa contemporains avec de gauche à droite : 1. Reprise de motifs marquisiens traditionnels ; 2. Tortue figurative, entourée de tortues stylisées reprenant d’anciens motifs ; 3. Dessins inspirés de gravures anciennes ;
4. Représentations religieuses.

Ces signes prolifèrent dans l’esthétique contemporaine, comblant le vide laissé par la perte de leur richesse sémantique, effacée de la mémoire collective. Sculpteurs puis tatoueurs ont d’abord redécouvert les motifs anciens, les utilisant comme autant de passerelles enjambant les siècles.

Nourrissant cette quête identitaire de la nouvelle génération, ces signes sont paradoxalement devenus accessibles, grâce aux travaux des hao’e, des étrangers, qui les ont collectés avant leur disparition. Se sont ces mêmes motifs qui se retrouvent aujourd’hui sur la plupart des panneaux de tapa. Piochés ça et là dans les reproductions d’ouvrages anciens, en fonction de l’inspiration du moment, ils sont combinés entre eux, pour décorer les étoffes. Malgré tout, le passé demeure inaccessible et devant ce vide, l’imagination façonne parfois un sens nouveau. Mais peu importe l’authenticité des propos, car seule devient importante, la capacité à s’emparer de ce qui est perçu comme un dû ; sa propre Culture.

Les ouvrages regroupant des motifs anciens ont été diffusés à travers les îles Marquises depuis les années 1970. Ce fond documentaire provient principalement de deux auteurs, l’ethnographe Karl Von Den Steinen ou comme ici une page du livre de W. Handy, datant des années 1920, reprenant des motifs de pétroglyphes.

Signes d’un autre âge, dessins anciens représentant une société parfois idéalisée, l’expression graphique marquée à l’encre de chine sur les tapa contemporains, montrent au même titre que la sculpture ou le tatouage, le besoin de puiser dans un passé recomposé, pour construire une alternative aux modèles culturels extérieurs à l’archipel. Mais le tapa, fait par les mama rima’i, exprime à la fois, la volonté de renouer avec les généalogies perdues et la revendication parfois ostensible de la foi catholique d’aujourd’hui.

Comme le disait E. Morin, il faut peut-être que le passé soit mort pour qu’il puisse ressurgir esthétiquement.

Article 4

David Lecchini : 
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Qui peut réduire la forte mortalité de nos poissons coralliens ?

Les récifs coralliens constituent l’un des écosystèmes les plus riches de la planète, avec plus de 4000 espèces de poissons. La plupart de ces poissons possèdent un cycle de vie complexe, avec une phase larvaire océanique, suivie d’une phase récifale pour les juvéniles (individus non matures sexuellement) et les adultes (individus matures sexuellement). Ainsi, au moment de la reproduction, des œufs sont expulsés dans l’océan où ils se développent en larves (individus non métamorphosés). Celles-ci s’éloignent plus ou moins loin de leur île d’origine grâce aux courants. Ces larves colonisent ensuite une île (celle d’origine ou une autre) au niveau de la crête récifale (lieu où les vagues se cassent sur le récif). Dans les heures qui suivent cette colonisation, les larves se métamorphosent en juvéniles. Ces derniers sont exposés à un nouvel environnement dans lequel ils doivent choisir un habitat en fonction des refuges disponibles, des prédateurs et des interactions avec les autres espèces du récif. Cette phase correspond à l’installation. Elle est suivie après quelques mois, par la maturité sexuelle des juvéniles, devenant ainsi des adultes.

Ainsi la phase d’installation a fait l’objet de nombreuses études par le Centre de Recherche Insulaire et Observatoire de l’Environnement de Moorea (CRIOBE). Ces études ont montré que 90 % des larves de poissons colonisant la crête récifale de Moorea disparaît après 10 jours, essentiellement du fait de la prédation. À la suite de ce résultat, une étude des principaux facteurs pouvant réduire cette forte mortalité des juvéniles de poissons s’est révélée nécessaire.

Une recherche bibliographique a permis de dégager cinq facteurs susceptibles de diminuer la mortalité des juvéniles de poissons : le type de refuge, la densité de juvéniles présents dans le lagon, les interactions entre les espèces, la charge parasitaire des poissons et la ressource alimentaire. Seuls les deux premiers facteurs (refuge et densité) ont été étudiés dans cette étude avec la méthode des cages. Cette méthode permet de travailler sur un système expérimental clos et contrôlable, où seul le facteur à étudier varie entre les différentes cages. Le principe consiste à poser des cages sur un fond sableux sur lequel toute la faune est enlevée (coraux, coquillages, poissons). Ces cages se composent d’un boudin en surface qui sert de flotteur, d’un filet de maille 2 mm et de plaques en fer qui servent de lest (figure 1).Le but de l’étude est de placer, dans chaque cage, desjuvéniles de poissons demoiselles (Chromis viridis ou Atoti en polynésien) en présence de 5 prédateurs (figure 1), afin de connaître le nombre de juvéniles morts au bout de 24 heures, en faisant varier entre les différentes cages :

  • Dans l’expérience 1, le type de refuge (cage 1 : un corail vivant, cage 2 : un système de tiges, cage 3 :  un bloc, et cage 4 : un parpaing),
  • Dans l’expérience 2, les densités de juvéniles (densités par cage : 8 ; 10 ; 12 ; 14 ; 16 ; 18 ; 20).

L’analyse de ces figures montre que la mortalité des juvéniles varie selon les 2 facteurs étudiés.

  • Pour l’expérience des refuges, le corail protège plus les juvéniles que le système de tiges qui lui-même protège plus que le bloc. Et le bloc protège plus que le parpaing. Une analyse statistique permet de savoir si ces différences sont significatives ou sont dues au hasard. Les tests statistiques montrent que la différence est significative entre la mortalité des juvéniles dans un refuge adapté (corail, tiges et bloc) et un refuge inadapté (parpaing). Le parpaing est un refuge inadapté car les cachettes sont trop grandes, ce qui ne permet pas aux juvéniles d’être protégés des prédateurs. Il existe aussi une différence significative entre la mortalité des juvéniles dans un refuge naturel (corail) et un refuge artificiel (tiges). Le système de tiges offre pourtant les mêmes caractéristiques de refuge que le corail, mais c’est une structure artificielle.
  • Pour l’expérience des densités, on peut distinguer deux parties sur la courbe. Dans la partie de gauche (densités initiales de 8 à 16), quelle que soit la densité de juvéniles mis dans la cage, le nombre de morts est presque constant (4 morts en moyenne). Ce résultat peut s’interpréter comme une mortalité densité indépendante puisque la mortalité ne varie pas avec la densité initiale de juvéniles. Dans la partie de droite (densités initiales de 16 à 20), la mortalité varie en fonction des densités initiales mises dans les cages, mais le nombre de juvéniles vivants après 24h est presque constant (11 vivants en moyenne). La mortalité est, dans ce cas, densité dépendante car elle varie avec la densité initiale de juvéniles.

Ces résultats permettent, d’une part, de mieux comprendre la mortalité des juvéniles de poissons, et d’autre part, d’avoir une application directe dans les projets de repeuplement du lagon. Ainsi, la mortalité que subissent les juvéniles de poissons peut être réduite par les caractéristiques du refuge : adaptabilité du refuge et refuge naturel. Un refuge adapté se définie comme un habitat possédant des cachettes adaptées à la taille des juvéniles et inadaptées à celle des prédateurs. Cette notion est variable puisqu’elle dépend de la forme de la bouche du prédateur (petite, grande, large ou allongée) et de la taille des juvéniles qui évolue au cours de la vie du poisson. Cette adaptabilité du refuge à la taille des juvéniles peut ainsi expliquer les changements d’habitats observés chez les poissons âgés. Nos résultats montrent aussi l’existence d’une mortalité densité dépendante ou indépendante. Ces deux types de mortalité permettent de mieux gérer les stocks de poissons adultes. Si la mortalité est constante (mortalité densité indépendante), alors c’est la quantité de larves colonisant le récif qui va déterminer le nombre de poissons dans le lagon. Plus il y aura de larves, plus il y aura de poissons adultes. Mais si la mortalité augmente au fur et à mesure que la densité de larves rentrantes dans le lagon augmente (mortalité densité dépendante), alors c’est la quantité de refuges disponibles dans le lagon qui va réguler le stock de poissons. Plus il y aura d’habitats disponibles et de bonne qualité, plus la mortalité des juvéniles sera faible et plus il y aura de poissons adultes. Ces conclusions nous amènent à traiter du problème de repeuplement des lagons, par l’implantation de récifs artificiels ou naturels. Dans le cadre du Plan de Gestion de l’Espace Maritime à Moorea (PGEM), une étude prévoit de repeupler certaines aires marines protégées de Moorea. Or nos résultats montrent que la mortalité des poissons varie fortement selon le refuge disponible : un refuge adapté et naturel protège plus qu’un refuge inadapté et artificiel. La mise en évidence des deux types de mortalité est importante pour ces études de repeuplement. En effet, si la mortalité est densité indépendante, alors c’est la quantité de larves colonisant le lagon qui limite le stock de poissons. L’ajout de récifs artificiels ou naturels sera inefficace pour augmenter ce stock. En revanche, si la mortalité est densité dépendante, alors l’ajout de récifs coralliens permettra une augmentation de ce stock de poissons puisque c’est la quantité d’habitats disponibles dans le lagon qui influence la mortalité des poissons coralliens.

Article 5

Élodie Martinez : 
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Les algues envahissent de nouvelles îles polynésiennes

Figure 1 : Turbinaria ornata.

Le récif corallien est certainement l’un des écosystèmes naturel les plus attractifs, les plus riches, les plus diversifiés mais il est surtout l’un des plus complexes et des plus fragiles qui existe. Victime de l’étoile de mer Acanthaster plancii dans les années 80, de cyclones, du blanchiment et de nombreux autres facteurs de stress, le milieu récifal et en particulier celui des îles hautes volcaniques, subit des modifications majeures désastreuses.
Les écosystèmes coralliens sont passés progressivement d’une structure dominée par les coraux à une structure dominée par les algues. Suite à la dégradation des coraux, les algues ont une place suffisante pour se fixer puis proliférer. Elles empêchent alors toute autre forme de vie, qu’elle soit végétale ou animale de se développer. Cette colonisation pose donc un problème d’ordre écologique majeur en Polynésie Française où l’envahissement des récifs est essentiellement dû à deux espèces d’ algues brunes : Sargassum mangarevense et Turbinaria ornata.

A la suite de fortes houles, ces algues sont arrachées du récif. Elles forment ensuite des masses compactes lors des périodes d’accalmie, et de longues files indiennes, dès que le vent se lève, qui vont être expulsées du lagon. Il est ainsi fréquent de voir des radeaux d’algues qui flottent à la surface de l’océan.

En plus de l’invasion des milieux récifaux, on remarque l’apparition de ces algues sur des îles éloignées les unes des autres. Ainsi, avant 1980, ces grandes algues brunes étaient présentes uniquement dans les archipels de la Société, des Australes, des Gambiers et des Marquises et totalement absentes des Tuamotu. En 1985, pour la première fois, elles sont signalées dans le nord des Tuamotu, et depuis cette époque on assiste à une extension géographique de la population dans cet archipel et à une prolifération sur les récifs. Puis, en 1990, les algues atteignent pour la première fois le sud des Tuamotu à Moruroa.

Une étude a donc été menée à l’Université de la Polynésie Française par Melle Martinez. L’objectif était de tenter d’expliquer cette dispersion à longue distance par la circulation océanique de surface dans le Pacifique Sud, et à terme peut être réussir à l’endiguer.

 

Il faut comprendre, dans un premier temps, que la circulation océanique peut être subdivisée en deux composantes : la circulation profonde appelée circulation thermohaline (elle parcourt le globe sur des échelles de temps pouvant atteindre plusieurs siècles à une vitesse très lente) et la circulation de surface qui est plus superficielle et plus rapide. Etant donné que les algues flottent à la surface de l’océan, c’est cette dernière qui nous intéresse.
Elle est essentiellement due à la rotation de la terre (courant géostrophique), ainsi qu’à la circulation atmosphérique (courant d’Ekman).
Reprenons ;

  • la rotation de la Terre déplace la masse d’eau vers la bordure ouest des océans. Les courants y sont les plus forts et transportent des eaux chaudes. Ils transférent ainsi la chaleur des zones équatoriales vers les pôles ;
  • les vents quant à eux, mettent en mouvement une certaine épaisseur de la colonne d’eau suivant une direction et une intensité  qui varie selon la profondeur.

Dans le Pacifique Sud, on connaît les grandes tendances des courants de surface tels que le grand courant circulaire (grand gyre) centré approximativement à 30° S et qui tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, ou le Courant Equatorial Sud (figure2).

Cependant, les courants de surface peuvent être considérablement modifiés si on s’intéresse à des zones plus petites ou aux grands événements climatiques tel que le phénomène El Niňo. Celui-ci est une partie d’un cycle climatique et océanique nommé ENSO (El Niňo Southern Oscillation), affectant l’ensemble de l’Océan Pacifique en déplaçant régulièrement l’équilibre entre hautes et basses pressions, vents et masses d’eaux le long de l’équateur.
Afin de bien prendre en compte les variations qui peuvent survenir, il est donc essentiel de déterminer la circulation océanique sur des intervalles de temps et d’espace réguliers et rapprochés.

 

La difficulté est qu’il a toujours été délicat d’acquérir des mesures en milieu marin du fait de son immensité et de son hostilité. Dans le Pacifique Sud, les études et les données sont peu nombreuses comparées à son étendue. Ainsi, grâce à l’avènement de l’altimétrie spatiale de haute précision, les océanographes ont pu disposer des observations répétitives et précises qui leur sont nécessaires pour cartographier les courants de surface.

Le satellite altimétrique Topex-Poseidon a donc permit de déterminer, la distance du satellite à la surface de la mer avec une précision de quelques centimètres. De cette mesure est déduite l’anomalie de la hauteur de la mer (figure 3) qui est directement liée à l’intensité des courants océaniques géostrophiques.

Les satellites ERS1 et ERS2 fournissent quant à eux la vitesse et l’orientation du vent à la surface de la mer qui sont liés aux courants océaniques d’Ekman. A cet effet, ils émettent de courtes pulsations et observent la dispersion du signal de retour causée par la capillarité des vagues à la surface de l’océan dûe à la friction du vent. Le signal émit par ces instruments pénètre le nuage et permet ainsi la mesure quelques soient les conditions et la saison.

Figure 4 : carte des courants de surface pendant le mois de juin 1997 (El Niňo) en Polynésie Française.

Ainsi, à partir des formules physiques sur la circulation et de ces données satellites, on obtient des cartes des courants océaniques de surface sur tout le Pacifique Sud de 1993 à 2001. Les données sont disponibles tous les cinq jours et tous les degrés entre l’équateur et 60°S de latitude, et entre 150°E et 70°O de longitude. Ce domaine d’étude très large peut alors être réduit pour étudier une zone plus petite telle que la Polynésie Française (figure 4). On peut ensuite grâce à des modèles numériques simuler la dérive d’algues à la surface de l’océan.

 

Après plusieurs simulations, on observe que les trajectoires des radeaux d’algues sont dépendantes des conditions climatiques (figure 5).

Figure 5 : dérive des radeaux d’algues pendant 3 à 4 mois
à différentes époques et pour différents points de départ

Les trajectoires sont modélisées pour une période de trois à quatre mois. Les points de départ sont représentés par des étoiles rouges. Une partie des innombrables îles de l’archipel des Tuamotu est quant à elle représentée par un polygone rose.

En bleu, on peut visualiser le parcours des radeaux d’algues pendant le phénomène El Niňo. D’après les exemples présentés ci-dessus, on peut distinguer plusieurs évènements :
• Les radeaux partant des Australes peuvent atteindre les Tuamotu Sud (de Raivavae à Anuanaranga) ou plus fréquemment les Gambiers (de Rapa à Mangareva).
• Ceux débutant leur parcours des Gambiers l’achèvent aux Tuamotu Sud (du Récif de la Minerve à Moruroa ; ou du récif de Portland à Tureia)

Pendant une année non soumise à un phénomène climatique tel qu’ El Niňo ou La Niňa, on distingue deux comportements de dérive.
• D’octobre à mars, en vert, les radeaux partant de l’archipel des Marquises viennent s’échouer sur les Tuamotu du nord, tandis que le reste de l’année leur trajet passe au large des cotes et ne les atteignent pas.
D’avril à septembre, en noir, il semble qu’aucun radeau partant des Australes, des Marquises, des Gambiers ou encore de la Société ne puisse atteindre les îles de l’archipel des Tuamotu que ce soit celles du nord ou du sud.

En conclusion, les algues présentes dans l’archipel des Tuamotu Nord proviennent de l’archipel des Marquises après avoir dérivées suivant les courants océaniques de surface en période normale d’octobre à mars. Celles présentes dans les Tuamotu Sud viennent des Gambiers ou des Australes suite à leur dérive pendant une période El Niňo.
Il est également intéressant de constater que la détermination des courants océaniques de surface dans le Pacifique Sud ouvre sur un vaste champ d’investigations. Elle peut permettre de réaliser, entre autres, des prévisions importantes en termes de météorologie, d’aide à la navigation, au commerce maritime ou à la pêche.

Article 6

Yannick Chancerelle

Comment surveiller la santé de nos récifs coralliens ?

On parle beaucoup de surveiller l’environnement. C’est que celui-ci est considéré comme indispensable à l’espèce humaine, à son développement au sens de « bien être », et à sa survie. Et s’il faut surveiller cet environnement c’est que l’on considère qu’il est menacé, tout spécialement par les activités humaines qui dégradent, voire détruisent les habitats naturels.

Surveiller pour mieux agir

Depuis deux décennies s’est imposé planétairement le concept pour la protection et la gestion durable des écosystèmes. On s’est rendu compte que la planète a ses limites et que celles-ci sont encore pour longtemps les limites de l’humanité. Les causes de dégradations majeures de l’environnement se rencontrent là ou se situent les plus fortes concentrations humaines. Le développement de notre civilisation induit forcément des risques de modifications de l’environnement à l’échelle planétaire. On parle du trou d’ozone, de réchauffement climatique, d’élévation du niveau des océans, etc. Mais que faisons nous pour « surveiller » l’environnement marin de nos îles et tout spécialement des récifs coralliens, sachant que leurs dégradations et leurs pollutions se sont accentuées depuis les 20 dernières années ? Auparavant, précisons que « surveiller » ne doit pas s’entendre comme une observation passive. Il faut observer, comprendre, établir les changements et tenter d’en déterminer les causes naturelles ou anthropiques. C’est aussi tirer la sonnette d’alarme au cas où des parties vitales des différents écosystèmes seraient menacées. C’est aussi espérer trouver des parades pour supprimer les causes de dégradations ou pour limiter leurs effets néfastes. En ce qui concerne les dégradations constatées sur les récifs coralliens depuis 20 ans, les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas de distinguer les causes exactes de ces dégradations. Sont-elles imputables à des phénomènes naturels (cyclones, infestations par les étoiles de mer Taramea, …) ou bien ont-elles des causes anthropiques directes (démographie, développement économique, pollution) ? Pour progresser dans la distinction des causes de ces dégradations et ainsi pouvoir modifier les paramètres anthropiques impliqués, il s’impose de surveiller le récif pour observer son évolution à long terme. Ce type de surveillance étendu géographiquement à des milieux différents de par leur degré de pression humaine permettra à long terme de relier effets et causes.

Le réseau de surveillance de la Polynésie française

Le Centre de Recherche Insulaire et Observatoire de l’Environnement (CRIOBE), installé à Moorea depuis 1971, a mis en place un réseau de surveillance étendu à toute la Polynésie Française depuis 1993. Ce réseau a été établi dans le cadre d’une action internationale de surveillance des récifs coralliens menée en collaboration avec des scientifiques étrangers (Australie, Etats-Unis, Japon). La zone de surveillance se situe sur la pente externe des récifs coralliens entre 10 et 15 m de fond. Cette partie du récif a été choisie parce qu’elle est très similaire d’une île à l’autre en ce qui concerne les conditions environnementales (salinité, température, hydrodynamisme, géomorphologie) et cela facilite les comparaisons entre les îles concernées. De plus, cette zone récifale représente une des zones les plus productives en calcaire des récifs coralliens et donc une des zones les plus importantes dans la construction récifale. Ainsi, dans la Polynésie Française ont été choisies 14 îles avec des stations de surveillance sur leurs pentes externes. L’état du peuplement en coraux après avoir été repéré et compté une première fois, sera « surveillé » à nouveau tous les 2 ou 3 ans. En cas d’évènement catastrophique (cyclone, blanchissement, …), les relevés sont alors systématiquement effectués dans le mois qui suit l’évènement.

De quoi se compose une station de surveillance ?

Une station de surveillance se compose de deux piquets enfoncés dans la trame dure du récif et espacés de 20 m. Entre ces deux piquets est tendu un câble en inox sur lequel est scellé à intervalles réguliers des pièces métalliques. Ces pièces vont servir à positionner un cadre en aluminium de 1 m sur 1 m sur le câble en inox et selon 20 positions successives prédéterminées à l’aide des pièces scellées. À chaque positionnement du cadre, une photo est prise. Cette photographie représente une surface de récif de 1 m2 sur laquelle les différents coraux et leurs répartitions spatiales sont distingués. À partir des tirages-papiers obtenus, un traitement informatisé d’image permet de connaître le pourcentage de corail vivant, de corail mort et des différentes espèces de coraux présentes pour chaque station de surveillance. Ces différents pourcentages sont le résultat principal à partir duquel des comparaisons entre les îles et entre les années sont réalisées.

Les résultats de cette surveillance

Depuis la création de ce réseau de surveillance, quatre catastrophes naturelles majeurs ont eu lieu sur la Polynésie Française : le blanchiment des coraux en 1994 et 1998, et les cyclones Martin et Osea en novembre 1997 et Veli en janvier 1998. Les chiffres du tableau ci-après expriment le pourcentage de corail vivant sur chaque station de surveillance.

Tableau exprimant le pourcentage de corail vivant sur chaque île du réseau de surveillance depuis 1993.

Ces résultats montrent que sur certaines îles comme Moorea, les différentes catastrophes naturelles n’affectent pas la bonne croissance du corail. Par contre, d’autres îles sont plus ou moins touchées par ces catastrophes, comme Mataiva qui subit une forte mortalité du corail après les évènements de 1998, ou comme Tetiaroa qui subit une faible mortalité après les blanchiments de 1994 et 1998. Il est à noter qu’en ce moment, les îles de Tahiti et de Moorea commencent à subir un phénomène de blanchiment. Nous sommes en train d’étudier ce blanchiment afin de connaître son impact sur les communautés de coraux.

En résumé : comprendre pour mieux sensibiliser la population

Toute cette surveillance, pour mieux saisir les changements affectant nos récifs coralliens qui constituent un milieu culturellement et économiquement important pour la Polynésie Française. Tout cela pour distinguer dans les changements ce qui important de ce qui l’est moins, de ce qui est naturel de ce qui est causé par l’Homme. Pour agir à bon escient, le mieux est encore de bien comprendre. On n’a pas trouvé meilleure solution. C’est ce à quoi l’on s’emploie par cette surveillance « explicative » en espérant conclure par des recommandations et des remèdes.

Article 7

Jean-Paul Aita

Article 8

Vaiana Giraud

La la (re) recouverte de la culture mao’hi : le patrimoine archéologique

Il y a en Polynésie plusieurs constats à faire concernant la place de la culture.
Le premier, c’est que cette place est infime, comme le laissent entendre les crédits accordés par le territoire. La culture est souvent considérée comme un instrument au service du tourisme, qui, lui, est une « véritable » ressource économique.        Le second, contradictoire, c’est qu’elle représente malgré tout l’originalité de la Polynésie, son âme, son essence. Il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’en Polynésie pour profiter des cocotiers. Par contre, c’est le seul endroit où trouver la danse tahitienne, la chaleur humaine tant vantée…
Le troisième, c’est que la culture n’est pas ici qu’une affaire d’érudit. Elle est le centre d’enjeux énormes de (re) connaissance de soi et de ses racines. Elle est profondément inscrite dans l’affectif, l’émotion. Il y aurait presque des raisons d’en faire un objectif de santé publique.

Malgré ces contradictions, ou peut être à cause d’elles, la culture polynésienne est aussi méconnue par les touristes que par les locaux. Comment leur faire découvrir, donc, ce qui constitue aujourd’hui le patrimoine « matériel » – archéologique – polynésien ?
C’est à cette question que j’ai tenté de répondre au cours d’un stage au Service de la Culture et du Patrimoine, afin de réconcilier Hommes et Culture. A mes yeux, la formule la plus adaptée serait la manifestation culturelle, qui permet d’instruire ET de divertir, tout en touchant un public très large.

1. Le bilan.
Pour ce faire, il était essentiel de dénombrer et trier les sites archéologiques de Polynésie, de prendre connaissance des législations en vigueur sur le territoire, de recenser les personnes et associations qui font de l’archéologie en Polynésie pour définir leurs actions.

a. Quels sites peuvent accueillir une manifestation culturelle d’envergure ?
Les sites archéologiques en Polynésie sont aussi nombreux que nuancés. Chaque marae a sa particularité, chaque pétroglyphe son motif. Pourtant, dans leur ensemble, ces structures peuvent sembler monotones au visiteur. Notre choix, indispensable bien que forcément arbitraire, doit lui permettre en contrepartie de se sentir toujours devant du nouveau. Entrent en ligne de compte, entre autres, la capacité d’accueil et d’attraction du site, son environnement, sa lisibilité…
Mais on ne saurait faire de la culture pour elle-même : on la fait pour les hommes. Les enjeux sont aussi bien économiques (ou touristiques) que socio-éducatifs ou sanitaires. Dans cette optique, d’autres paramètres sont à considérer, comme la population par île, les facilités d’accès…
Voici quelques sites choisis selon ces critères : Hatiheu à Nuku Hiva, Huruhuru ‘iore à Rangiroa, Opunohu à Moorea, Papeno’o à Tahiti, et d’autres encore.

b. Une législation incomplète et inadaptée.
Mais qui dit manifestation culturelle et information dit aussi protection. Or, dans ce domaine particulier qu’est le patrimoine archéologique, les lois ne sont guère adaptées. Malgré les conventions et chartes européennes qui prônent le respect et la valorisation de ces structures, la Polynésie n’est pas pressée de suivre le mouvement.
C’est donc la loi du 27 septembre 1941 qui s’applique, et qui définit

  • le rôle de l’Etat, qui autorise et exécute les fouilles,
  • l‘obligation de déclarer toute découverte fortuite au maire,
  • les sanctions à appliquer en cas de manquement : des amendes élevées et/ou de un mois à deux ans d’emprisonnement.

Ces lois ne sont guère appliquées dans nos îles, le plus souvent par ignorance. Pourtant, elles sont rappelées dans le Code de l’Aménagement, avec des lacunes : elles n’évoquent pas le cas des découvertes fortuites, ni l’exportation de biens culturels. Il n’y est question que des biens « classés ou inscrits sur la liste prévue à l’article D.151-1. » Pour tous les autres objets, mystère.
Donc, pas de texte global et surtout pas d’information générale. Des lois existent certes. Mais qui les connaît ? Peut-être ceux qui font de l’archéologie ?…

c. Des acteurs inconnus… ou ignorés.
Justement, plusieurs questionnaires ont été envoyés dans les mairies de Polynésie, pour savoir qui se charge de cet aspect de la culture dans chaque île, et en quoi consistent les actions. Les résultats sont douloureux : quatre questionnaires sont revenus, sur quatorze envoyés ! Il en ressort cependant qu’il y a réellement une action à mener à l’échelle du territoire. Tous, ou presque, ont pour ambition de démocratiser la culture polynésienne, d’en faciliter l’accès. Mais le manque de moyens humains et financiers fait que ce ne sont que des rêves…

Heureusement, le Service de la Culture est là, dont la fonction est, entre autres, de « valoriser et diffuser le patrimoine [des traditions orales, savoir faire traditionnel, attitudes et gestuelles, ayant trait au patrimoine historique, culturel et légendaire] ou participer à sa valorisation ou à sa diffusion. (1)» Avec de tels attributs, tout devrait être possible !

2. Des propositions basiques !

A cause de la considération réduite dont jouit la culture, le meilleur moyens d’obtenir à la fois du public et des crédits (soyons réalistes) est de créer des projets transversaux, faisant appel à diverses compétences : éducation, santé, tourisme… Plus les centres d’intérêts seront nombreux, plus les gens se déplaceront.
Ainsi, outre l’intérêt touristique certain de cette valorisation, en terme d’image et d’activités, elle peut apporter d’autres bénéfice.

a. Education : l’indispensable sensibilisation des enfants.
En insistant sur l’aspect éducatif à travers des  activités sportives et intellectuelles, le Service de la Culture a organisé un « Fort Boyard » polynésien avec des CE2 de Pamatai, sur le marae Arahurahu à Paea. L’originalité est qu’il sort de la traditionnelle visite guidée pour faire des enfants des acteurs à la recherche d’un savoir les concernant. Par des épreuves de relais, énigmes, ils ont été confrontés aux objet-clé d’un marae, des plantes aux pierres. L’encadrement du jeu était assuré par des archéologues professionnels, ce qui certifiait entre autres l’exactitude des renseignements délivrés. L’aspect ludique permettait de rendre le tout plus efficace.

b. Santé : un moyen pour impliquer les adultes.
Les façons d’inciter les adultes à se déplacer sont plus complexes. Ayant eu vent d’un programme de promotion de l’effort physique en Polynésie, initié par la Direction de la Santé, il m’est venu à l’idée de mêler culture et santé. On peut ainsi toucher un large public :

  • les sportifs purs, qui découvriront des éléments culturels,
  • les passionnés de culture, qui feront un peu de marche pour atteindre leur but,
  • les familles, qui verront là un triple objectif : culture, sport, pique-nique,
  • les promeneurs, qui trouveront à la fois des parcours adaptés, des points de vue somptueux, des plantes fascinantes, des sites archéologiques hors du commun… !

Le concept est simple : des sentiers de randonnées seront balisés, sécurisés, cartographiés, selon des niveaux de difficulté. Ils pourront se faire avec ou sans guide, s’élargiront à tout ce qui est environnemental, panoramique… afin d’intéresser autant que possible le visiteur.
Dans un premier temps, certes, il ne s’agira que d’un projet pilote. Mais presque tout est à faire dans ce domaine : il faut d’abord enclencher le processus qui permettra de susciter l’intérêt de la population.

c. Culture : une meilleure information pour le grand public.
Enfin, le dernier aspect concerne la culture dans les actions qu’elle peut et devrait mener pour ce pays : la diffusion de l’information. Ce qui fait cruellement défaut en Polynésie est l’étude de la demande touristique et populaire et donc les réponses adaptées. La plupart des sites, même essentiels, sont vierges de toute explication, de tout panneau. Les guides sont rares, et comment savoir qui est compétent ? Il est donc urgent de mener au moins les quelques actions suivantes :

  • édition de brochures sur les différents sites polynésiens, afin de renseigner les visiteurs étrangers et locaux,
  • édition de brochures sur la législation concernant le patrimoine archéologique, afin de limiter les pertes d’objets anciens et d‘éduquer la population face à la fragilité de son patrimoine
  • création d’une option culturelle dans la formation déjà existante de guide de randonnée, pour donner une légitimité et une « garantie qualité » à ces guides
  • création de spots télévisés, qu’il serait possible d’inclure dans des émissions déjà diffusées (Anapa, par exemple), pour informer la population sur son patrimoine, du tressage à la danse en passant par les marae, le tapa…

Conclusions.

Le but ultime est d’amener les gens à prendre conscience de la fragilité de leur patrimoine et du respect qu’il faut lui accorder pour le préserver.

Et puis… La Polynésie ne gagnerait-elle pas à diversifier quelque peu son image touristique ? C’est une destination excessivement chère et il n’est pas utile d’aller si loin pour trouver de belles plages. Peu à peu le mythe polynésien s’effrite. Ne serait-il pas temps de faire venir les gens pour autre chose ? De les faire revenir ? De répondre à la demande d’un tourisme culturel, qui n’existe pour l’instant qu’aux Marquises ? Ces projets représentent une entreprise décisive pour la Polynésie, son économie, sa culture et son identité… malgré le peu de cas que l’on en fait actuellement.

 

(1)Arrêté n° 1620/CM portant organisation et fonctionnement du S.C.P. 24/11/00.

Article 9

Fanny Soum-Pouyalet : 
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Famille et violence à Tahiti : la souffrance en partage

Femmes, enfants, maltraitance et inceste en Polynésie, ces thèmes sensibles commencent à peine à être pris en compte et à faire l’objet d’études circonstanciées. Ces questions restent néanmoins taboues, remettant cruellement en cause le mythe du paradis polynésien, vitrine nécessaire au tourisme dont les revenus constituent une grande partie de l’apport en capitaux de la Polynésie. Mais le rêve de la douceur de vivre succombe à la réalité de «la douleur de vivre»(1). Les stéréotypes exotiques de la civilisation polynésienne: le monoï, le tamouré ou la vahine langoureuse, ne doivent pas faire oublier la réalité de notre société où le bleu n’est pas seulement la couleur du Pacifique.

Point de départ, état des lieux de la recherche :

Aucun indicateur ne permet vraiment de quantifier le phénomène de la violence et de la maltraitance. Certains chercheurs en sciences humaines ont abordé la question et suggéré des pistes intéressantes pour l’analyse des violences mais sans s’y consacrer pleinement. Les données actuellement disponibles restent disparates et résultent essentiellement de microanalyses(2). Les témoignages des professionnels : médecins, instituteurs, travailleurs sociaux, psychologues etc., se font de plus en plus nombreux, avec une volonté évidente de comprendre et de prévenir les causes et les effets de la violence face à laquelle le silence devient insupportable.
Cizeron et Hienly(3) ont été les précurseurs de cette quête de compréhension. Leur ouvrage met l’accent sur la perte de repères culturels et individuels. Il souligne notamment la difficulté d’harmoniser un passé idéalisé et un présent à construire. Par la suite, les travaux menés sur la délinquance des jeunes adultes révèlent l’omniprésence de la violence et sa reproduction du domaine privé (la famille) au domaine public(4). Mais le nombre de ces travaux apparaît peu significatif au regard de l’ampleur du phénomène.
L’importance des manifestations violentes est constatée quotidiennement par tous ceux qui sont amenés à gérer, d’une façon ou d’une autre, le bien-être physique et mental des individus.  Dans ce contexte, approfondir la recherche et l’étude (toutes disciplines confondues) des phénomènes de violence apparaît fondamental pour le devenir de la société polynésienne.
Dans ce projet de longue haleine, l’ethnologie devrait permettre d’envisager la part des facteurs culturels dans la détermination de la violence.

Premières enquêtes, premières pistes et premières hypothèses :

«Personne ne veut son propre malheur». C’est par cette formule apparemment hors sujet qu’un de mes interlocuteurs a répondu à la question : «Pourquoi cette violence ?». Au-delà de l’énonciation d’une évidence, cette personne(5) mettait l’accent sur l’absurdité que lui inspire les rapports violents dans les couples. Aucun couple ne trouve satisfaction et intérêt à se déchirer ainsi. Alors pourquoi ?
La consommation de pakalolo et plus couramment encore l’absorption d’alcool sont souvent rendues responsables du déchaînement de la violence. Ces deux substances y contribuent certainement car elles compromettent la maîtrise qu’a l’individu de sa propre personne. Mais l’alcool et le pakalolo ne peuvent que révéler un mal-être déjà existant avec lequel ils sont bien souvent liés.
Le problème est avant tout identitaire. Il réside en partie dans la façon dont chacun, homme, femme, enfant, se définit à ses propres yeux et aux yeux des autres. Chacun revendique son espace vital, sa place. Il s’agit à la fois d’un désir de reconnaissance individuelle («j’existe !») et d’une lutte de pouvoir. Ce combat invisible pour l’affirmation de soi, de son être social, se traduit au quotidien par des conflits ouverts dans le domaine privé (famille) comme dans le domaine public, et ce dans toutes les sociétés humaines. Cette équation n’est pas en soi à l’origine de la violence même si elle en est le détonateur.
Nombreux sont les hommes qui avouent ainsi frapper leur femme pour «avoir le dernier mot» témoignant en cela de leur volonté de dominer le débat, physiquement s’il le faut. L’usage de la violence est donc une volonté de «domination masculine»(5), un biais qu’ont les hommes d’affirmer leur position dominante au sein du foyer comme dans la vie publique.
Mais s’agit-il vraiment d’une volonté ? N’est-ce pas aussi une nécessité  ressentie de se conformer à la «normalité» : à l’image de l’homme telle qu’elle est conçue par la société polynésienne ? L’image stéréotypée du tane est en effet celui du guerrier, aito. Il ne s’agit pas seulement d’une vision passéiste et nostalgique de l’identité maohi mais bien d’une composante de l’identité masculine. Le modèle du guerrier est d’ailleurs fondamental dans la construction identitaire du jeune adolescent. Le critère d’élection du «boss» dans le groupe des taure’are’a n’est-il pas avant tout la force ?
Cette glorification de la force est présentée comme une nécessité répondant à des questions de survie. L’homme-guerrier doit pouvoir se battre, lutter contre tout ennemi qui le menace lui et les siens, mais aussi lutter pour la vie. Or ce critère de distinction est repris et partagé par l’ensemble de la société, dont les femmes, pour qui «la force de la séduction est avant tout séduction de la force»(6). Dans ce contexte, l’usage de la force (et par extension de la violence) deviendrait indispensable à l’affirmation de soi, de sa virilité et de sa maturité. Prisonnier, en quelque sorte, d’un déterminisme social, l’homme serait enclin à devenir violent.
On peut, par extension, se demander dans quelle mesure l’augmentation du phénomène des raerae(7) est en rapport avec ces questions de violence. Le raerae représente une alternative au personnage du mâle-guerrier décrit ci-dessus. Le raerae implique dans une certaine mesure une remise en cause de l’ancien modèle masculin. Ces jeunes garçons qui se définissent ainsi selon des normes féminines ne font-ils pas preuve d’une volonté affirmée de refuser cette image de l’homme combatif et dominateur ?
La construction de l’identité masculine se révèle donc au cœur du problème de la violence. Mettre fin à la violence implique ainsi une évolution radicale des mentalités, concernant surtout la définition de l’homme et de son rôle dans la société polynésienne. En somme, l’harmonie dans les familles et le bien-être social dépendent d’une prise de conscience générale mais ils sont surtout fonction de la volonté de chacun.

Où il s’avère que la conclusion n’est en fait qu’une introduction… :

La construction de l’identité masculine en Polynésie voilà donc un des aspects à prendre en compte dans la compréhension de la violence. Mais se limiter à ce seul point de vue serait bien lacunaire. Pour ne pas avoir de la question une vision erronée, il faut aussi envisager la construction de l’identité féminine et celle de l’identité polynésienne dans son ensemble. La mise en rapport de ces différentes données permettrait d’affiner considérablement l’analyse du phénomène de la violence.
La recherche ne fait donc que commencer…

(1)- Cette formule expressive est le titre de l’ouvrage d’Isabelle Chollet Tahiti ou la douleur de vivre, Tahiti, Haere Po, 2001.

(2)- Il s’agit par exemple des articles de Bruno Saura sur la sexualité et la violence et certains chapitres de la thèse de Laure Hina-Grépin. Bruno Saura «Inceste, violence, et sexualité en Polynésie française» in Tahiti-Pacifique magazine, n°91,novembre 1998, pp 31-34.Laure Hina-Grépin L’adolescence masculine aux Tuamotus de l’Est aujourd’hui, le taure’are’a : contradictions et transformations d’une catégorie sociale traditionnelle, Thèse d’Anthropologie sociale, EHESS, Marseille, 2001.

(3)- Par exemple : Etienne Beaumont «Criminologie comparative – Application ethnologique : à propos de 88 morts violentes criminelles en Polynésie française» in Journal de Médecine Légale Droit médical, N°5, Vol 43, 2000, pp 415-423.

(4)- M. Cizeron, M. Hienly Tahiti côté montagne, Tahiti, Haere Po, 1983.

(5)- Des chiffres alarmants sur le lien entre délinquance et maltraitance sont révélés dans le dossier pédagogique « Je veux devenir un parent responsable » édité conjointement par le Ministère de la Solidarité et de la Famille et le Service des Affaires Sociales en 2001. On peut voir aussi Manolita LY, Laurent GUHUR, Lewis LAILLE, John TOROMONA «Etat des lieux sur quelques situations de jeunes suivis par les services sociaux et les foyers socio-éducatifs en matière de prostitution», janvier-février 2000, Service des Affaires Sociales.

(6)- Les entretiens sont réalisés sous le couvert de l’anonymat.

(7)- Pierre Bourdieu la domination masculine, Paris, Seuil, 1998.

(8) – Selon l’expression de Laure Hina-Grépin, Op. cit., pp 270-271.

(9) – cf. François Bauer Raerae de Tahiti – rencontre du troisième type, Tahiti, Haere Po, 2002.

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